Emplois et IA au Québec : 810 000 travailleurs à haut risque
· 7 min de lecture · Transformation Numérique
Un rapport de l'Institut du Québec chiffre à 810 000 le nombre de Québécois occupant une profession à haut risque d'automatisation. Voici qui est exposé et comment les dirigeants peuvent agir sur les compétences en 2026.
L'exposition à l'automatisation désigne la probabilité qu'un emploi voie ses tâches principales remplacées par des logiciels, des robots ou l'intelligence artificielle (IA). Au Québec, l'Institut du Québec (IDQ) a chiffré cette exposition dans un rapport publié le 15 janvier 2025 : environ 810 000 personnes, soit 18 % de la main-d'œuvre, occupent une profession à haut risque d'automatisation. À la mi-2026, alors que l'adoption de l'IA s'accélère, ce constat redéfinit la planification des compétences en entreprise.
Le rapport, réalisé avec le Centre des compétences futures (Université métropolitaine de Toronto, Conference Board du Canada et firme Blueprint), recense 96 professions vulnérables. Le risque ne tient pas qu'à l'arrivée d'une technologie : il dépend aussi de la capacité du travailleur à se reconvertir rapidement vers un emploi moins menacé. Cette réalité prend du relief en juin 2026, alors que la directive québécoise sur l'IA générative dans le secteur public est entrée en vigueur le 5 juin 2026.
Quels emplois québécois sont les plus exposés à l'IA ?
Les 96 professions identifiées par l'Institut du Québec se concentrent dans quelques familles de métiers où les tâches sont répétitives, codifiables ou prévisibles. Parmi les plus citées :
- Postes administratifs : adjoints administratifs et vérificateurs comptables, dont une large part des tâches de saisie et de rapprochement est automatisable.
- Vente et services : caissiers et personnel de service, exposés à la fois aux bornes libre-service et aux agents conversationnels.
- Fabrication : opérateurs de machines et postes de production, premier secteur en nombre de travailleurs vulnérables.
- Restauration et hébergement : fonctions standardisées de préparation et de service.
- Manutention et logistique : tâches de tri et de déplacement, ciblées par la robotique avancée.
L'exposition n'équivaut pas à une suppression immédiate. Elle signale plutôt les emplois dont le contenu de tâches sera le plus transformé d'ici la fin de la décennie.
Qui sont les travailleurs les plus vulnérables ?
L'exposition est inégalement répartie. Selon l'Institut du Québec (15 janvier 2025), les femmes représentent 48 % de la population mais 52 % de la main-d'œuvre vulnérable, en raison de leur surreprésentation dans les fonctions administratives et d'accueil. Le niveau de scolarité creuse l'écart : chez les 25 ans et plus, 27 % des personnes sans diplôme postsecondaire occupent une profession à haut risque, contre 8 % des diplômés universitaires.
L'âge joue aussi. Les jeunes de 15 à 24 ans forment 24 % de la main-d'œuvre vulnérable alors qu'ils ne comptent que pour 13 % de la main-d'œuvre totale, et les 55 ans et plus représentent une autre tranche de 24 %. Ces deux groupes disposent de marges de reconversion plus étroites, ce qui justifie des politiques de formation ciblées.
L'IA détruit-elle vraiment ces emplois en 2026 ?
Pas massivement à ce stade. La Banque du Canada, dans un discours du 13 mai 2026, rapporte que parmi les entreprises ayant adopté l'IA, environ 90 % ne déclarent aucun changement d'effectif, près de 4 % une création de postes et près de 6 % des suppressions. Le message institutionnel est que l'IA transforme la nature des emplois plus qu'elle ne réduit, pour l'instant, la main-d'œuvre totale.
Cette nuance compte pour les dirigeants. L'enjeu de 2026 n'est pas une vague de licenciements, mais une recomposition des tâches : selon Statistique Canada, 12,2 % des entreprises canadiennes utilisaient l'IA en 2025, soit le double de 2024. À mesure que cette part croît, les emplois exposés voient leur contenu glisser vers des tâches à plus forte valeur, à condition que les compétences suivent.
Que doivent faire les dirigeants québécois ?
La réponse stratégique tient moins au remplacement qu'au redéploiement. Quatre leviers se dégagent du rapport de l'Institut du Québec et des travaux du Centre des compétences futures :
- Cartographier l'exposition interne : repérer les postes dont les tâches sont les plus automatisables avant que la pression ne s'installe.
- Former les employés en poste, pas seulement les personnes sans emploi : l'IDQ insiste sur l'élargissement du soutien à la formation continue.
- Réaffecter vers des tâches à plus forte valeur plutôt que supprimer, pour conserver le savoir organisationnel.
- Intégrer l'impact technologique dans la planification de la main-d'œuvre, de façon systématique.
Évaluer sa maturité via un diagnostic structuré aide à séquencer ces décisions, tandis qu'une démarche de conduite du changement sécurise l'adhésion des équipes.
Questions fréquentes
Combien de Québécois occupent un emploi à haut risque d'automatisation ?
Selon l'Institut du Québec (rapport du 15 janvier 2025), environ 810 000 personnes, soit 18 % de la main-d'œuvre québécoise, exercent l'une des 96 professions jugées à haut risque d'automatisation. Ces emplois se concentrent dans la fabrication, les fonctions administratives, la vente et les services.
Quels travailleurs sont les plus exposés à l'IA au Québec ?
Les femmes (52 % de la main-d'œuvre vulnérable contre 48 % de la population), les personnes sans diplôme postsecondaire (27 % des 25 ans et plus, contre 8 % des diplômés universitaires), ainsi que les jeunes de 15 à 24 ans et les 55 ans et plus, sont surreprésentés parmi les emplois exposés.
L'IA va-t-elle causer des pertes d'emplois massives en 2026 ?
Pas à court terme. La Banque du Canada (13 mai 2026) indique que près de 90 % des entreprises adoptantes ne signalent aucun changement d'effectif, 4 % une création et 6 % une suppression. L'institution conclut que l'IA transforme la nature du travail davantage qu'elle ne réduit la main-d'œuvre.
Comment une entreprise peut-elle protéger ses employés exposés ?
En cartographiant les tâches automatisables, en investissant dans la formation continue des employés en poste, en réaffectant ces travailleurs vers des tâches à plus forte valeur et en intégrant l'impact technologique dans sa planification de main-d'œuvre, comme le recommande l'Institut du Québec.
Sources
- Institut du Québec, "Répercussions de l'automatisation et de l'IA sur la main-d'œuvre au Québec", 15 janvier 2025 : https://institutduquebec.ca/publications/repercussions-de-l-automatisation-et-de-l-ia-sur-la-main-d-oeuvre-au-quebec
- Future Skills Centre / Centre des compétences futures, "Impacts de l'intelligence artificielle pour l'emploi, la productivité et le développement des compétences au Québec" : https://fsc-ccf.ca/fr/recherche/impact-of-ai/
- Le Devoir, "L'automatisation menace près de 810 000 travailleurs au Québec", 2025 : https://www.ledevoir.com/economie/833071/automatisation-menace-pres-810-000-travailleurs-quebec
- Banque du Canada, Michelle Alexopoulos, "L'intelligence artificielle à nos portes : l'avenir de la productivité au Canada", discours du 13 mai 2026 : https://www.banqueducanada.ca/2026/05/lintelligence-artificielle-portes-lavenir-productivite-canada/
- Statistique Canada, "Adoption de l'intelligence artificielle et productivité dans les entreprises canadiennes", 22 avril 2026 : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/36-28-0001/2026004/article/00002-fra.htm
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