IA au travail : la FTQ réclame un droit de regard syndical
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Le 28 octobre 2026, la FTQ a réclamé un droit de regard des syndicats sur l'introduction de l'IA au travail : être informés, consultés et pouvoir négocier. Voici ce que cette revendication change pour les employeurs québécois et les 4 gestes à poser dès maintenant.
Le droit de regard syndical sur l'IA est la capacité, pour les travailleurs et leur syndicat, d'être informés, consultés et de négocier les conditions d'introduction d'un système d'intelligence artificielle (IA) dans leur milieu de travail. Le 28 octobre 2026, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) en a fait une revendication centrale, au terme de deux journées de réflexion réunissant plus d'une centaine de militants et militantes sur l'IA au travail.
Le secrétaire général de la FTQ, Olivier Carrière, a résumé la demande en trois verbes : être informé, être consulté et pouvoir négocier les conditions. Il a aussi mis en garde contre les usages de l'IA qui servent à augmenter les cadences, à surveiller davantage les travailleurs et à réduire leur autonomie. La FTQ représente plus de 600 000 membres.
Que demande exactement la FTQ sur l'IA au travail ?
La FTQ demande un droit de regard en amont, avant le déploiement d'un outil d'IA, et non une simple information après coup. L'introduction de l'IA deviendrait un objet de négociation collective, au même titre qu'un changement technologique majeur.
La revendication cible en priorité la gestion algorithmique : les systèmes qui attribuent des tâches, mesurent la productivité ou évaluent le rendement. Aucun projet de loi n'accompagne cette demande à ce jour : elle vise d'abord les conventions collectives.
Pourquoi cette demande arrive-t-elle maintenant ?
Trois faits récents expliquent le moment choisi :
- Un rapport chiffré : la Cartographie de l'IA au travail de l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'IA et du numérique (OBVIA), publiée en avril 2026 et fondée sur 4 595 répondants syndiqués, indique que près de 60 % utilisent l'IA au travail et que 22 % sont soumis à des systèmes d'IA qui gèrent leur travail.
- Un déficit de formation : selon ce même rapport, plus de 60 % des répondants estiment leur littératie en IA faible ou moyenne, et la formation est inexistante ou inconnue pour la majorité.
- Un nouveau contexte politique : le cabinet assermenté le 21 octobre 2026 compte, pour la première fois au Québec, un ministère de l'Intelligence artificielle et du Numérique, confié à Anne Nguyen (voir notre analyse du nouveau ministère).
Le 6 mai 2026, la FTQ, la CSN, la CSQ, la FIQ et l'APTS avaient déjà dénoncé conjointement un manque de transparence sur l'usage de l'IA.
Qu'est-ce que le droit actuel impose déjà aux employeurs ?
Le cadre existant couvre une partie de la revendication syndicale. Au Québec, la Loi 25 a modifié la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé. Son article 12.1 oblige toute entreprise qui rend une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé à en informer la personne concernée, et son article 8.1 impose d'informer la personne lorsqu'une technologie permet de l'identifier, de la localiser ou d'effectuer son profilage.
Ces obligations sont individuelles : elles ne donnent aucun rôle collectif au syndicat. Ailleurs, le mouvement est déjà législatif. Depuis le 1er janvier 2026, la Loi de 2024 visant à oeuvrer pour les travailleurs, quatre (Ontario) oblige les employeurs de 25 salariés et plus à divulguer l'usage de l'IA dans leurs offres d'emploi publiques. En Europe, l'article 26 du règlement sur l'IA (AI Act) exige des déployeurs qu'ils informent les représentants des travailleurs avant de mettre en service un système d'IA à haut risque sur le lieu de travail.
Quel lien avec le consensus patronal-syndical de 2026 ?
La demande de la FTQ prolonge un consensus déjà obtenu. Le 29 avril 2026, le Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre (CCTM), où siègent patronat et syndicats, a adopté à l'unanimité un avis de 18 recommandations sur l'IA au travail, dont celle de soutenir un dialogue social constructif.
Le guide gouvernemental publié le 15 juin 2026 par le ministère du Travail reprend ces principes, mais reste non contraignant (voir notre résumé du guide IA en milieu de travail). La revendication du 28 octobre 2026 vise à transformer ces principes volontaires en droits négociables.
Que faire dès maintenant comme dirigeant ?
Quatre gestes concrets permettent d'anticiper la négociation :
- Inventorier les systèmes d'IA qui touchent les employés, en isolant ceux qui attribuent des tâches, mesurent la performance ou alimentent des décisions RH.
- Documenter les décisions automatisées couvertes par l'article 12.1 de la Loi 25 et préparer l'avis aux personnes concernées.
- Créer un comité paritaire sur les changements technologiques avant la prochaine négociation.
- Budgéter la formation en IA, principal déficit relevé par l'OBVIA en avril 2026.
Questions fréquentes
La FTQ peut-elle bloquer l'introduction de l'IA dans une entreprise ?
Non, pas en l'état du droit québécois en octobre 2026. La FTQ réclame un droit d'information, de consultation et de négociation, mais aucune loi ne donne aux syndicats un veto sur l'IA. Le levier réel passe par les conventions collectives.
La Loi 25 oblige-t-elle à informer les employés de l'usage de l'IA ?
Partiellement. L'article 12.1 de la loi sur le secteur privé, modifiée par la Loi 25, oblige à informer une personne visée par une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé. L'article 8.1 vise les technologies de profilage ou de localisation. Ces obligations sont individuelles et ne prévoient pas de consultation syndicale.
Combien de travailleurs québécois sont gérés par une IA ?
Selon la Cartographie de l'IA au travail de l'OBVIA, publiée en avril 2026 auprès de 4 595 répondants syndiqués, 22 % sont soumis à des systèmes d'IA qui gèrent leur travail et près de 60 % utilisent l'IA au travail. L'échantillon ne représente pas l'ensemble de la population active québécoise.
Les entreprises non syndiquées sont-elles concernées ?
Oui, indirectement. Les obligations de la Loi 25 s'appliquent à toutes les entreprises, syndiquées ou non. Le guide gouvernemental du 15 juin 2026 recommande aussi d'impliquer les employés.
Sources
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